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Par
petites touches, Ahmed Souabni a peint des moments tendres, raffinés,
drôles et à l’émotion pudique.
C’est un privilège que de rencontrer des peintres qui ont
développé un tel talent. Beaucoup l’ont compris et
ont passé de longs moments à contempler, à
s’expliquer l’attirance née des œuvres d’Ahmed Souabni proposées
au public à la galerie Caliga. On se trouve captivé
par les formes, les couleurs, l’impression qui ne manquent pas de
retenir l’attention. Il y a de la poésie dans ces peintures,
mais aussi du mouvement, du mystère, de la magie, une influence
de l’Orient, une liberté dans l’expression, un univers de
rêve et de fantasme, et pourtant tout est parfaitement agencé,
à l’examen, et c’est un travail délicat qui se révèle
en fin de compte une heureuse évasion.
Les portraits d’Ahmed Souabni relèvent d’un genre récurrent.
Ses visages, beaux et énigmatiques, sont l’expression d’un
monde féminin en voie de disparition. Dans certains portraits,
les traits sont restés sciemment flous dans le seul but d’entretenir
le mystère autour de cette impénétrabilité.
L’artiste semble puiser dans le thème de la femme et des
scènes de la vie quotidienne toute l’énergie de sa
verve créatrice.
La
galerie de ses personnages est très variée. On y trouve
de belles citadines, sensuelles et sophistiquées, dans le
regard, coquines et sournoises dans certaines activités quotidiennes,
lascives et un tantinet provocantes dans des attitudes équivoques.
Toute une série de musiciennes, tricoteuse,lessiveuses, lavandières,
pâtissière, lectrices, voyante dans le plomb qui, dans
le mouvement de la main, vecteur essentiel de l’existence à
l’origine de toute la création artisanale et artistique,
traduit une véritable psychologie de l’être et révèle
sa nature fondamentale.
Pour les hommes, cependant, le répertoire est tout aussi
riche en découvertes : marchand de beignets, boulanger, marchand
de quatre-saisons, etc.
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Une
peinture mosaïquée
Ahmed
Souabni est un esprit curieux et de grand savoir. Il enseigne les
arts plastiques depuis une quarantaine d’années ainsi que
les subtilités de la théorie conceptuelle autour de
la thématique moderne ouverte sur la philosophie de l’art.
L’originalité de cet artiste, né à Hammam-Lif
et qui a donc fréquenté de grands peintres banlieusards
de différentes tendances et origines, réside dans
sa technique de prédilection : le pointillisme cher à
Seurat et Signiac.
Le pointillisme ou le néo-impressionnisme consiste à
juxtaposer de petites touches de différentes couleurs sur
la toile plutôt que de les (couleurs) mélanger. Chez
Ahmed Souabni, la recherche de la lumière caractérise
ses toiles.
Ces grosses touches si plates et si larges qu’on croirait mosaïquées,
fragmentées, donnent à ces œuvres une facture plus
libre.
Couleurs subtiles, charme du graphisme, sont structurés par
l’efficacité technique de ce pointilliste, visiblement conquis
par cette technique. Fantasque et lunatique sans jamais daigner
s’assagir, il se plaît parfois à ajouter discrètement
sa patte, avec respect et humour, en laissant tomber une goutte
de «délire» à dimension poétique
dans ses toiles. Des œuvres qui égrènent toute la
gamme des petits et grands délires du quotidien de ces personnages
pétris dans les coloris de la nostalgie des bonheurs simples,
de la fantaisie et des rêves qui sont peut-être une
autre facette de la réalité dans son expression la
plus intime.
Adel
LATRECH
L’exposition «Hommage à la mémoire de
Hédi Bradaï» se poursuivra à la galerie
Caliga jusqu’au 27 décembre 2008.
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